• Dimanche 19 décembre

Le moment que nous attendions avec impatience est enfin arrivé. C’est aujourd’hui le deuxième début du tournage. Ca y est ! Ca commence ! Alléluia ! Ca fait des mois que j’attendais ce moment, ça fait des mois que j’attendais de voir si ce qui est sur papier depuis tellement longtemps va marcher à l’écran, et on y est !
Je parle de « deuxième début de tournage » parce que le premier début (le début avec Michael) avait eu lieu un peu plus d’un an auparavant, en décembre 2003. C’est maintenant un nouveau départ, avec notamment le baptême du feu pour un nouvel ancien ou un ancien nouveau (au choix), j’ai nommé Jacques-Yves, en Indiana Jones.

Oui, bonjour à toi aussi, mon enfant... Oh, que tu as de belles dents !

Cette première journée de tournage, il faut le dire, s’annonce plutôt mal, avec une vague pluie/bruine qui tombe mornement (c'est-à-dire, de manière morne) sur la Seine-et-Marne. Bon, en même temps, ici, la pluie est la règle et le soleil l’exception (nous sommes au milieu de la Brie, n’oubliez pas…).

L’heure plutôt tardive à laquelle nous partons, conjuguée au fait que c’est une des journées les plus courtes de l’année, fait que le tournage ne sera pas très long. En plus, la météo nous interdit de tourner en extérieur. Nous optons donc pour les scènes de la grotte, qui avaient elles aussi été tournée pile un an auparavant.

Le trekk vers la grotte...
Au moins deux kilomètres !

Le lieu de tournage ? La forêt de Fontainebleau et sa célébrissime caverne des brigands, qui, pour l’occasion, servira de sanctuaire à El Guittarus. Le voyage jusqu’à Fontainebleau se fait sans problème majeur. C'est-à-dire : nous arrivons vivants et en un seul bout. Un bout chacun, bien sûr.

Sur place, les gens nous regardent bizarrement. Il faut dire que nous formons une équipée plutôt singulière… Un type déguisé en Indiana Jones, un qui porte une guitare dans un étui en carton, un autre qui tient un grand sac en plastique rempli de torches, plusieurs sacs à dos. On doit probablement passer pour une joyeuse bande de tarés, mais on commence à avoir l’habitude…

Je commence également à me poser quelques questions. J’espère qu’il n’y aura personne autour de la grotte, mais étant donné le climat et l’heure tardive, c’est peu probable…
Nous prenons rapidement, dans la joie et dans la bonne humeur, le sentier qui monte jusqu’à la grotte. Et là, premier problème : impossible de la retrouver ! Il fallait le faire, ils l’ont fait. Depuis notre dernière visite, le sentier a été balisé, des grillages ont été installés, des marches en bois posées entre les rochers, il était matériellement IMPOSSIBLE de se perdre. Eh ben si : on l’a fait ! Et en plus, la carte est restée dans la voiture.
Bon, nous nous sommes probablement plantés quelque part. En fait, apparemment, nous sommes passés devant sans la voir ! Après être allés un kilomètre trop loin, on se sépare, et Romain et Jérôme finissent par la retrouver.
A ce moment précis, je respire, mais commence également à m’inquiéter. L’heure est tardive, et la lumière faible… C’est censé être un tournage, pas un jeu de piste ! ;-)

Les extérieurs sont passés à la trappe, nous les filmerons un autre jour, seules comptent les scènes à l’intérieur de la grotte.

Nous sommes en terrain connu, ces scènes avaient déjà été tournées, nous retrouvons donc très rapidement nos marques. La guitare est placée dans son « sanctuaire », les torches (un bout de bois, du tissu au bout, imbibé de pétrole à lampe et de White Spirit… c’est la torche réduite à sa plus simple expression, même si Indy n’avait probablement pas le droit au White Spirit) plantées dans le sol. Avec l’équipe à l’intérieur et accroupie, le tournage commence… Oui, « accroupie ». La caverne des brigands est une charmante grotte d’environ 1 mètre de haut.
Comme je m’y attendais, ces prises sont superbes. La lumière des torches est saisissante, l’ambiance mystique, c’est une de mes scènes préférées.

El Guittarus, posée sur son socle depuis des millénaires, attend patiemment qu'Indy la prenne...


Retour tardif pour une équipe un peu naze : de gauche à droite : Jérôme, Jacques-Yves et Charles.

Les plans dans la grotte terminés, il est impossible de filmer les extérieurs : il fait nuit. C’est donc de nuit que nous retrouvons tant bien que mal notre chemin jusqu’à la voiture. Equipée sauvage parmi les arbres. Le sentier est approximatif, les trois portables disponibles sont déchargés, il ne nous reste qu’une torche dont la flamme faiblit et surtout, surtout, la grotte a eu raison de mon dos qui n’existe plus et que j’ai du laisser sur place tellement il me fait mal.
Fin de cette première journée de tournage. Journée introductive, en quelque sorte, puisqu’il ne s’agissait en fait que de re-tournage.

Retour en voiture avec notre conducteur fétiche. Jérôme, toi et ta Yaris, on vous aime !

C’est demain que nous attaquerons les plans inédits, avec, en prime, un début du tournage à 10h, avec la 309. Il s’agit de la scène du passage dans le temps…

 

• Lundi 20 décembre

Deuxième jour de tournage. Lever : 9h. En vacances, c’est quasi inédit pour les étudiants que nous sommes ! Mais on est sérieux, ou on ne l’est pas (c’est vrai, quoi, à la fin).

Nos trois méchants et leur voiture... De gauche à droite : Michel, Romain et Nicolas.

Deux voitures sont nécessaires pour cette scène : la 309 modifiée et la 4L de Jacques-Yves.

Tout le monde est réuni chez Romain, le casting des méchants commence… Oui, parce que dans les scènes d’aujourd’hui, il nous faut des méchants. Le premier sera Michel, prof, débonnaire et volontaire, invité par Romain spécialement pour l’occasion. Le deuxième sera Nicolas, frère de Romain. Le troisième sera Romain lui-même, affublé d’une perruque et de lunettes de soleil rondes, qui me font plus penser à un hippie qu’à M. Smith.


Notre folle équipée part sur les lieux de l’action : dans le bois de Bréviande. C’est ici que doit se passer le passage dans le temps. La 309 modifiée se faufile dans la ville par les chemins les moins fréquentés. Le rétro arrière est aveugle, le rétro de droite est caché, l’angle mort dissimulé, il n’y a que le rétro de gauche sur la 309. Bonjour la sécurité routière ! Sarko ferait un infarctus.
Arrivée à Bréviande, et première mauvaise surprise, la route que nous avions choisie et en plein contre-jour du fait de l’heure matinale ! Et il est impossible de filmer dans l’autre sens, il y a des habitations derrière, et une autre partie du décor censée ne pas être là. Il va falloir innover. Une autre route est trouvée, perpendiculaire à la première, et le tournage commence.

La route du passage dans le temps et notre DeLorean. On aperçoit l'ombre du caméraman.


Première scène, premier long dialogue. Un dialogue entre Jacques-Yves et moi, entre Indiana et Doc. C’est une horreur. Comme pour toutes les scènes de dialogues… oubli de lignes, fous rires, bref, que du classique. Le plan est expédié en 6 ou 7 prises, ce qui reste une bonne moyenne.
----
A gauche : JY mort de rire, et moi qui le suis, évidemment... C'est la première prise. La première d'une looooooooongue série.

Scène suivante : le passage dans le temps proprement dit, avec une voiture censée monter jusqu’à 88 km/h. Je regrette vraiment de ne pas avoir fait de story-board pour une scène comme celle-là parce qu’elle est visuellement rapide.

Les plans s’enchaînent à la vitesse de la lumière, ça m’aurait évité d’oublier certains plans qu’il faudra retourner ensuite.
Les scènes s’enchaînent. Je dois tempérer les ardeurs de Michel, qui, par de multiples envolées lyriques, s’efforce de ne pas coller au script initial. Tout cela ne colle pas avec l’ambiance, le trop plein d’enthousiasme sera supprimé au montage… Dommage, c'était un grand moment de rigolade !
---
Les méchants censés paniquer le font dans la joie et la bonne humeur... Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Le tournage continue jusqu’à ce qu’il soit interrompu par un drame. Jacques-Yves, au volant de la 309, trouve le moyen de monter à 90 km/h sur un petit chemin de terre, fait taper le bas de caisse sur un rocher et crève un pneu. Malheureusement, je n'ai pas les images du changement de roue, mais un jour, peut-être.. La team Guittarus se transforme en team mécano, la roue est changée en un quart d’heure. Il manque certaines prises, mais il est grand temps d’aller manger. Nous les referons plus tard.

Déjeuner d’une heure 30 chez Romain (je tiens d’ailleurs à remercier chaleureusement ses parents, qui à chaque fois nous supportent dans nos équipées sauvages… mais comment font-ils ?)
Ensuite, on retourne à la caverne des brigands, à deux voitures, dont l’une trouve le moyen de se perdre… Moi, j’étais dans l’autre. Ce qui a eu pour effet de m’énerver quelque peu, je dois l’avouer (euphémisme, quand tu nous tiens !).
C’est encore une fois tardivement que nous reprenons le chemin de la caverne des brigands. Et il reste une bonne partie des scènes à faire. Il va falloir adopter un rythme soutenu !

On commence par les extérieurs d’Indy qui entre dans la grotte. Ceux que nous avions tournés la veille étaient beaucoup trop sombres.

Indiana Jones s'approche lentement de l'entrée de la grotte où repose El Guittarus...

Aidé par du White Spirit, Indiana Jones va pouvoir partir à la recherche d'El Guittarus...

Ces plans terminés, il va falloir expédier au pas de course la petite scène de poursuite/fusillade en forêt entre les rochers. Cette scène sera raccourcie et simplifiée en raison de l’heure tardive. De plus, la forêt baigne dans une lumière rose de coucher de soleil. C’est superbe, mais la scène est censée se passer en pleine journée !

La scène sera faite sur le vif, caméra à la main. Je suis en plein exercice de direction de « mes » acteurs, et ce maigre pouvoir est, je dois l’avouer, quasi-jouissif ! :-D
Ces prises ne sont faites qu’une fois, le plus rapidement possible, et une grande liberté est prise avec les décors. Je craignais vraiment pour la longueur et la cohérence de cette scène, qui doit être la première scène d’action du film.

Poursuite en forêt par méchants pas doués, plan numéro 3

Je serai rassuré plus tard au montage : les plans s’enchaînent bien, il y a juste assez de métrage, le son et la musique font le reste, la scène marche à merveille ! La colorimétrie « rose mattel » sera supprimée avec After Effects.

Trois méchants pour Indy.

Notre Indiana Jones préféré qui préfère s'échapper. S'il se défendait, il pourrait les blesser.

Après la poursuite, nous décidons de réinstaller une partie des torches à l’intérieur de la grotte : il s’était avéré au montage des rushes de la veille qu’il me manquait quelques plans principaux et que j’avais également un souci de cohérence au niveau de l’enchaînement de deux plans. Il fallait retourner quelques plans… Voilà ce qui se passe quand on a la flemme de faire un story-board ! J’y penserai sûrement pour les productions à venir, ou pour les scènes complexes de ce film, qui malheureusement sont elles aussi à venir.
Une fois encore, les plans sont expédiés sans problème majeur. Un autre séjour dans la grotte suffit à me fusiller encore plus ce qui me reste de dos, et c’est encore une fois de nuit que nous retournons aux voitures.

 

• Mardi 21 décembre

Les neiges du kilimannnnnndjarooooooo... Elles te feront un blanc manteau ou tu pourras dormiiiiiiiir...

Troisième jour de tournage, censé être le dernier en ce qui concerne les prises hivernales. Dans un souci de préservation de mon couple, je n’ai pas pu monter les rushes de la veille. Je ferai un tir groupé le lendemain.
Nous commençons encore une fois tôt le matin. Et là, surprise ! Il neige. Et m… premier jour de neige de l’hiver, il fallait EVIDEMMENT que ça tombe le jour ou nous devons finir nos tournages en extérieur !

 

Ce matin, Jérôme nous a abandonné pour une raison mystérieuse. Nous nous retrouvons donc à trois, pour tourner la scène de rencontre entre Indy et Doc, qui chronologiquement se passe juste après la scène de poursuite tournée la veille. La neige se calme. Première constatation d’ordre météorologique en sortant dehors : il fait froid. Deuxième constatation : il faut dégivrer la 309 et regonfler un pneu (à la pompe à vélo… normal, quoi).

Nous nous rendons sur place. Une route perdue et solitaire, une grande ligne droite, ce qui en plus nous permet de voir les voitures arriver à l’avance (oui, je vous l’accorde, pas si perdue que ça, la route). Tout est mis en place, nous enfilons nos costumes… Il fait TRES froid, et dans mon costume de Doc (un T-Shirt, un Pull et une blouse par-dessus) j’ai du mal à supporter la température négative qui règne dans le coin… Allez, c’est pour la bonne cause !
Le tournage commence, à trois, un peu mécaniquement. Les plans se suivent sans souci majeur. Rencontre entre Indiana et Doc, dialogue pour une fois réussi à cause du froid, première utilisation des grands pouvoirs d'El Guittarus... tout cela est au menu, pour une scène capitale !

Indy vient d'apercevoir quelque chose de surprenant...


Mais qui est ce personnage étrange ?
Indy est sur le point de le découvrir...

Première utilisation des pouvoirs fantastiques de la guitare suprème : El Guittarus.

Tout fonctionne plutôt bien, presque jusqu’à la fin. Et là, c’est le drame.

En même pas vingt mètres, je venais d'exploser les ailerons au sol. Bravo Charles.

Je plante le décor. Vous avez une scène ou la 309, qui était arrêtée, démarre et s’en va de la zone.
Or, vous n’êtes pas sans savoir que pour la transformer en DeLorean, nous avons ajouté à l’arrière une plaque de contreplaqué qui vient se POSER sur la lunette arrière, et dont la fixation est assurée par une sangle rose vif qui vient se coincer dans les portières. En gros, comme c’est une belle sangle rose : c’est moche. Donc on l’enlève pour le tournage. Mais si on l’enlève pour les plans ou la voiture est fixe, il ne faudrait pas oublier de la remettre dès que la voiture se met en mouvement. Sinon, ça glisse de la lunette arrière et ça se crashe irrémédiablement sur le bitume. C’est du vécu.

J’ai donc lamentablement explosé les ailerons de la 309 (une image plus détaillée sur la page de la 309). Heureusement, nous n’avions plus de scènes vitales à tourner avec cette voiture avant l’été. Heureusement, parce qu’étant donné l’étendu des dégâts, il va falloir un bon après-midi de pistocollage pour remettre tout ça en place.

Déjeuner chez Flunch (« on va fluncher… »)… Une alimentation variée, pour assurer l’équilibre de notre corps !! C’est génial !! Allez, un peu de pub.

Après-midi :

Un découpage quadripartite de l’après-midi.

La première partie est l’occasion de retourner sur les lieux du tournage du passage dans le temps. Il manque des plans, qu’on n’a pas pu faire la veille après avoir explosé la 309, donc il faut les faire aujourd’hui. Ils se déroulent sans problème majeur.
Deuxième partie : un plan tout simple d’Indy qui marche en forêt, consulte ses cartes et repart. Evidemment, les plans les plus simples sont toujours les plus horribles à faire. Le froid, le jour déclinant, la situation… JY est mort de rire, la scène est intournable. 6 minutes de rushes pour un plan de 6 secondes, ce qui fait un taux de réussite d’environ 1/60ème. Bonjour le massacre !

Un plan cauchemardesque. La 309, lancée à toute allure, filmée de devant, par Romain, assis dans le coffre de la 4L.

Un autre plan cauchemardesque. Quatre types dans une forêt à se les geler en attendant que la prise soit bonne.


Troisième partie : une scène du bureau d’Indiana Jones, intervenant au tout début du film, quand Indy travaille avant de partir à la recherche effective de la guitare. Un joli petit décor est installé, le plan est tourné sans problème.

---

Indiana travaille intensément à la recherche d'El Guittarus...

Quatrième partie… Ce qui restera sans aucun doute l’expérience la plus hallucinante de cette première session de tournage.

Le but est d’aller en forêt, en pleine nuit, tourner des plans des anciens sages scandant de mystérieuses incantations autour d’une El Guittarus éclairée au feu de camp. On prend donc du bois, un chalumeau, les 3 bures et la guitare, direction la forêt de Bréviande, et plus spécifiquement une grande prairie qui sert de terrain de jeux et de pique-nique aux familles innocentes, de jour, l’été, et de plateau de tournage aux djeunz tarés, de nuit, l’hiver.
Le froid est glacial. Le bois est installé, le feu a du mal à prendre, même au chalumeau. Au bout de quelques minutes, l’amas de branches vaguement fumantes se transforme en un feu de camp autonome.

Là, on est à la limite du cas clinique...
Imaginez ces trois personnes en train de scander "zigomar, zigomar, zigomar..."

Le plan est tourné un peu dans la précipitation, nous scandons tant bien que mal des « zigomar, zigomar, zigomar », tandis que JY tente de faire un pan-up vers la lune dissimulée par les nuages… La prise est ratée. La caméra non-fixée, l’image floue… Il faudra la refaire.

Malgré tout, j’essaie d’éviter de raconter aux gens que nous nous sommes retrouvés de nuit, avec des capes, réunis autour d’un feu, à scander « zigomar, zigomar, zigomar » sous la pleine lune.
Je pense que je vais créer ma propre secte.

A bientôt pour un prochain tournage !